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Lapin qui refuse un nouveau légume : ses goûts se sont joués avant le sevrage

Lapin · Alimentation ·

Publié par Planète Pets · éditeur responsable : Clément Lacaille · comment nos guides sont rédigés

On explique volontiers un lapin difficile par son caractère. Une série de travaux hongrois suggère une autre origine, bien plus précoce. Nos repères sont réunis dans la rubrique alimentation du lapin.

Jeune lapin fauve allongé au bord de l’herbe
Sommaire · 5 parties
  1. Trois voies de transmission, également efficaces
  2. Assez puissant pour orienter vers une plante toxique
  3. Ce que ces travaux ne démontrent pas
  4. Ce qu’on peut en faire
  5. Questions fréquentes

Trois voies de transmission, également efficaces

Bilkó, Altbäcker et Hudson ont publié en 1994, dans Physiology & Behavior, une étude où des lapines recevaient une ration enrichie en baies de genévrier, une saveur très marquée (voir l’étude). Ils ont isolé trois canaux par lesquels le goût de la mère atteint les petits :

  • l’expérience avant la naissance, par le milieu utérin ;
  • le contact pendant la tétée ;
  • les crottes que la mère dépose dans le nid, ingérées par les lapereaux.

Conclusion des auteurs, mot pour mot : les trois moyens de transmission se sont révélés également efficaces. Ils parlent d’une « redondance apparente » — plusieurs canaux transmettent la même information, à des moments différents, ce qui permettrait d’apprendre plusieurs aliments successifs. Des lapereaux adoptés dès la naissance par une mère nourrie normalement conservaient tout de même la préférence de leur mère biologique.

Le calendrier tient à une particularité de l’espèce : une synthèse de Caba et González-Mariscal parue en 2009 dans l’European Journal of Neuroscience rappelle que la lapine n’allaite qu’une fois par jour, par bouffées d’environ trois minutes. Le nid, et ce qu’elle y laisse, comptent donc autant que la tétée elle-même.

Assez puissant pour orienter vers une plante toxique

Ducs, Kazi, Bilkó et Altbäcker ont poussé le mécanisme plus loin en 2016 dans Behavioural Processes (voir l’étude). Des lapereaux ayant reçu, pendant leurs dix premiers jours, des crottes de congénères nourris à l’asclépiade — une plante toxique — préféraient cette plante au sevrage, vers le 28e jour, contrairement aux témoins. Les auteurs qualifient eux-mêmes de surprenant leur second résultat : l’effet apparaissait aussi lorsque la plante avait été consommée un mois avant la gestation.

Ce que ces travaux ne démontrent pas

Les tests s’arrêtent peu après le sevrage. Rien n’établit que la préférence tienne à un an, trois ans ou huit ans : écrire qu’un lapin adulte refuse le fenouil « à cause de sa mère » serait une extrapolation. Les aliments testés sont tous très aromatiques ; on ignore si le mécanisme fonctionne pour une courgette ou un granulé. Il s’agit de lapins d’élevage et de laboratoire, pas de lapereaux d’animalerie sevrés tôt, chez qui la chaîne peut simplement avoir été rompue. Et surtout : aucune de ces études ne teste comment faire accepter un nouveau légume à un adulte. Enfin, ce n’est pas génétique mais appris — ce qui laisse la porte ouverte, sans que la réversibilité soit démontrée non plus.

Ce qu’on peut en faire

  • Au moment de l’adoption, demander ce que mangeait la mère et ce que la portée a reçu avant sevrage, puis repartir de cette liste pendant deux à trois semaines avant d’élargir.
  • Si vous avez une portée, c’est avant le 28e jour que tout se joue : proposer à la mère les herbes que vous voudrez donner plus tard aux petits, comme le rappelle notre guide sur l’alimentation du lapereau au sevrage.
  • Chez l’adulte difficile, ne pas retirer l’aliment familier : présenter la nouveauté à côté, et respecter la règle des 7 à 10 jours de transition.
  • Ne jamais compter sur l’instinct pour trier le toxique : les lapereaux de 2016 ont suivi la préférence transmise jusque vers une plante dangereuse.

Questions fréquentes

Mon lapin adulte peut-il encore changer ?

Ces études ne le mesurent pas. Elles montrent seulement qu’une préférence précoce s’installe, pas qu’elle est définitive.

Faut-il laisser les lapereaux manger les crottes ?

Elles font partie du fonctionnement normal du nid et de la mise en place de la flore digestive. Il n’y a rien à empêcher.

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