Chien qui mange les crottes : ce que 1 441 propriétaires ont répondu
Publié par Planète Pets · éditeur responsable : Clément Lacaille · comment nos guides sont rédigés
Voir son chien manger des excréments est déroutant, et le rayon animalerie propose des compléments censés y mettre fin. Une enquête publiée en 2018 par Hart, Hart, Thigpen, Tran et Bain dans Veterinary Medicine and Science a mesuré à la fois l'ampleur du phénomène et l'efficacité déclarée de ces solutions (voir l’étude, doi 10.1002/vms3.92). Nos autres repères sont regroupés dans la rubrique alimentation du chien.
Sommaire · 6 parties
Le protocole : deux enquêtes déclaratives, pas une observation directe
Les chercheurs ont diffusé deux questionnaires en ligne auprès de propriétaires : le premier a réuni 1 552 réponses, le second 1 475, avec un recrutement ciblé de propriétaires de chiens coprophages. Aucune intervention, aucun essai contrôlé : tout repose sur ce que les maîtres déclarent avoir observé, avec les biais de mémoire que cela suppose.
Un comportement minoritaire, mais très ciblé
Sur les 1 441 répondants exploitables de la première enquête, 76,9 % n'ont jamais vu leur chien manger de selles. La coprophagie qualifiée de fréquente — définie comme au moins six épisodes observés — concerne 16 % des chiens. Le résultat le plus parlant porte sur l'âge des selles : 82 % des chiens coprophages de la première enquête, et 85 % de la seconde, mangent des selles vieilles de deux jours ou moins.
Les auteurs y voient l'indice d'un comportement de propreté de tanière hérité du loup, les selles fraîches n'étant pas encore infestantes. C'est une hypothèse cohérente avec leurs données, mais elle n'a jamais été testée expérimentalement : à ce jour, rien ne la démontre.
Ce qui n'explique pas le comportement
L'enquête ne retrouve aucune association avec le type de régime (82,3 % de croquettes chez les coprophages contre 78,3 % chez les autres), l'âge, le sexe, la stérilisation, la facilité d'apprentissage de la propreté ou les comportements compulsifs. Autrement dit, les explications les plus souvent avancées — carence alimentaire, ennui pathologique — ne ressortent pas. Deux facteurs seulement se dégagent : les chiens décrits comme gloutons sont surreprésentés (51,1 % contre 28,2 %, p < 0,0001), et vivre dans un foyer à plusieurs chiens augmente les probabilités (p = 0,0005). Ce sont des associations transversales, sans sens de causalité établi.
Les produits vendus pour l'arrêter : 0 à 2 % de succès déclaré
C'est le chiffre le plus utile de l'étude. Onze produits commerciaux nord-américains ont été notés par les propriétaires les ayant essayés : leur taux de succès déclaré s'échelonne de 0 à 2 %. Les méthodes comportementales ne font guère mieux, entre 1 et 4 % : chasser le chien, récompenser un ordre, saupoudrer les selles de poivre, recourir à un collier. Ces chiffres sont rétrospectifs et sans groupe placebo — on ne peut donc pas écrire que ces produits ne marchent pas, mais aucun n'a dépassé 2 % de succès dans cette série.
Est-ce dangereux ?
Une étude publiée en 2026 par Pilla et ses collègues dans Animals a comparé le microbiote fécal de 23 chiens coprophages et 21 non coprophages, tous cliniquement sains. Aucune différence d'indice de dysbiose ni de portage bactérien ou viral après correction pour tests multiples. C'est une étude observationnelle sur 44 chiens sains, au régime non contrôlé, et surtout aucun parasite n'y a été recherché : elle ne permet pas de conclure que la coprophagie est sans risque, seulement qu'aucune altération du microbiote n'a été mesurée. Le suivi antiparasitaire garde donc tout son intérêt, comme détaillé dans notre article sur la fréquence de vermifugation.
Questions fréquentes
Faut-il changer l'alimentation d'un chien coprophage ?
L'enquête ne retrouve aucun lien entre le type de régime et le comportement. Un changement alimentaire peut se justifier pour d'autres raisons, mais il n'a pas de fondement documenté ici.
Le comportement peut-il signaler un problème de santé ?
Une coprophagie qui apparaît brutalement chez un chien adulte qui n'en avait jamais fait mérite un avis vétérinaire, comme tout changement de comportement alimentaire — au même titre que le chien qui se met à manger de l'herbe, un sujet traité dans notre article sur le chien qui mange de l'herbe.
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Ce guide fait partie de l’univers Chien de Planète Pets. Nos conseils sont d’ordre général : pour toute question de santé, votre vétérinaire reste la seule référence.