Abyssin : atrophie rétinienne rdAc, comprendre le test ADN avant d’adopter
L’abyssin est l’une des races félines les mieux documentées en ophtalmologie génétique — pour une mauvaise raison. Deux formes d’atrophie rétinienne progressive y ont été caractérisées, avec deux gènes, deux modes de transmission et deux âges d’apparition très différents. Les distinguer est indispensable pour lire correctement les résultats d’un élevage. La fiche de race de l’abyssin replace ces points dans son profil général.
La forme rdAc, tardive et récessive
C’est la plus fréquente. Marilyn Menotti-Raymond, Victor David, Kristina Narfström et leurs collègues ont identifié sa cause dans une étude publiée en 2007 dans le Journal of Heredity : une mutation dans l’intron 50 du gène CEP290 crée un site d’épissage aberrant, tronque la protéine et provoque une dégénérescence tardive des photorécepteurs (étude sur Google Scholar). Le déroulé clinique est régulier : l’électrorétinogramme se dégrade dès sept à huit mois alors que le fond d’œil paraît encore normal jusque vers un an et demi ou deux ans, puis la vision nocturne se perd avant la vision diurne, jusqu’à la cécité complète entre trois et cinq ans. Un chaton de trois mois qui voit parfaitement ne prouve donc absolument rien.
Combien de chats sont porteurs
Le chiffre compte, parce qu’il détermine la probabilité qu’un mariage tourne mal. L’étude de Kristina Narfström, Marilyn Menotti-Raymond et leurs collègues, publiée en 2009 dans Veterinary Ophthalmology, a mesuré chez 87 abyssins et somalis une excellente concordance entre génotype et examen clinique, et une fréquence de l’allèle rdAc de 0,20 en Scandinavie, 0,21 au Royaume-Uni et 0,11 en Australie (étude sur Google Scholar). À l’échelle d’une population européenne, cela place l’ordre de grandeur autour d’un chat porteur sur trois. Autre point souvent ignoré : la mutation n’est pas propre à l’abyssin. Un travail de la même équipe, publié en 2010 dans The Veterinary Journal sur 846 chats de plus de quarante races, l’a retrouvée dans 16 races sur 43, le siamois affichant une fréquence allélique d’environ 33 % (étude sur Google Scholar).
La forme Rdy, précoce et dominante
Beaucoup plus rare, elle relève d’un autre mécanisme : une délétion d’une seule paire de bases dans l’exon 4 du gène CRX, identifiée par Marilyn Menotti-Raymond et son équipe dans une étude publiée en 2010 dans Investigative Ophthalmology & Visual Science (étude sur Google Scholar). Une seule copie suffit à provoquer la maladie, les cônes sont touchés avant les bâtonnets, et la cécité survient dès les premières semaines de vie. C’est une maladie d’éleveur : elle se voit immédiatement dans une portée.
Ce que vous pouvez demander concrètement
Les deux mutations se testent séparément, sur écouvillon buccal ou sang, dans les laboratoires de génétique vétérinaire courants — comptez une cinquantaine d’euros et une à deux semaines. Trois statuts sont possibles pour rdAc : indemne, porteur, atteint. Un porteur voit parfaitement toute sa vie ; le risque n’existe que si deux porteurs sont croisés, auquel cas un quart des chatons en moyenne développera la maladie. Un élevage sérieux vous montre les résultats des deux parents datés et nominatifs. Aucun traitement n’existe : le test ne sert qu’à ne pas produire de chats aveugles.
Vivre avec un chat qui perd la vue
Un chat aveugle d’installation lente s’adapte remarquablement bien, à condition de ne pas déplacer les meubles, la gamelle et la litière, et de sécuriser escaliers et balcons. C’est aussi un argument budgétaire : consultations ophtalmologiques, électrorétinogrammes et aménagements s’ajoutent au reste, et une affection déjà diagnostiquée est exclue de toute couverture souscrite après coup. Nos repères sont dans assurer un abyssin et dans assurance santé du chat. Sur les besoins quotidiens de la race, voir alimentation de l’abyssin et la rubrique hygiène et soins du chat.
Questions fréquentes
Un chaton peut-il être testé ?
Oui, dès quelques semaines : le test est génétique, il ne dépend ni de l’âge ni de l’état de la rétine.
Mon abyssin adulte voit bien, faut-il quand même le tester ?
Si vous envisagez de le faire reproduire, oui, sans hésitation. Sinon le test n’a d’intérêt que pour anticiper : la forme rdAc n’a pas de traitement.
Le somali est-il concerné de la même façon ?
Oui. Somali et abyssin partagent le même fond génétique et les mêmes fréquences alléliques mesurées dans les études.
Ce guide fait partie de l’univers Chat de Planète Pets. Nos conseils sont d’ordre général : pour toute question de santé, votre vétérinaire reste la seule référence.