Saint-Bernard : la dysplasie du coude, un dépistage distinct de celui des hanches
Quand on parle d’articulations chez un chien géant, tout le monde pense « hanches ». Chez le Saint-Bernard, c’est pourtant souvent le coude qui lâche en premier, et pour une raison anatomique précise. Notre article sur la santé du Saint-Bernard couvre l’ensemble de son profil ; celui-ci détaille ce point trop souvent négligé à l’achat.
Hanches et coudes sont deux dépistages différents
C’est la confusion la plus fréquente : un chiot « dont les parents sont radiographiés » ne l’est pas forcément des deux articulations. Ce sont deux clichés, deux lectures, deux grades. L’étude de K. Engdahl, S. Malm Persson, L. Andersson et leurs collègues, publiée en 2026 dans The Veterinary Record à partir des données du Kennel Club suédois, illustre bien à quel point les deux dimensions se recoupent mal : 114 568 chiens de 72 races dépistés pour la hanche et 78 504 chiens de 46 races pour le coude entre 2007 et 2016 (étude sur Google Scholar). La prévalence de dysplasie de la hanche culmine chez le dogue de Bordeaux (75,4 %), le bullmastiff (65,1 %) et l’american staffordshire terrier (64,2 %) ; celle du coude chez le chow-chow (65,2 %), le dogue de Bordeaux (40,0 %) et l’american staffordshire terrier (34,9 %). Les palmarès ne se superposent pas — et les races géantes comme le Saint-Bernard figurent systématiquement dans les programmes de dépistage des deux articulations.
Le processus anconé, la particularité du Saint-Bernard
La revue de J. Michelsen, publiée en 2013 dans The Veterinary Journal, rappelle le détail anatomique qui explique la prédisposition de la race : chez le Saint-Bernard, comme chez le berger allemand, le processus anconé — la petite saillie osseuse qui verrouille le coude en extension — possède un centre d’ossification secondaire dont la fusion doit être achevée vers cinq à six mois (étude sur Google Scholar). Quand cette fusion échoue, on parle de processus anconé non uni : le fragment reste mobile, l’articulation devient instable, s’enflamme et évolue vers l’arthrose. La même revue souligne que l’origine principale de la dysplasie du coude n’est probablement pas l’ostéochondrose, comme on l’a longtemps cru, mais différentes formes d’incongruence articulaire — un décalage de quelques millimètres entre radius et cubitus suffit.
Les signes et le bon moment pour radiographier
Une boiterie d’un antérieur chez un chiot Saint-Bernard entre cinq et dix mois, souvent plus marquée après le repos ou après un jeu intense, coude légèrement écarté du corps, n’est jamais banale. Elle justifie une radiographie ciblée du coude — pas une attente de plusieurs mois. Le dépistage officiel des reproducteurs, lui, se pratique à partir de douze mois, avec un grade de 0 à 3 attribué par un lecteur agréé.
Pendant la croissance, ce qui aide vraiment
Trois leviers seulement ont un effet démontré : maintenir le chiot mince en rationnant, utiliser un aliment de croissance formulé pour grandes races sans y ajouter de calcium, et limiter les escaliers, les sauts et les courses sur sol glissant jusqu’à la fin de la croissance. Le reste — compléments articulaires, exercices « pour muscler » — n’a pas d’effet sur la formation du coude. Retrouvez les repères de la race sur sa fiche et dans la rubrique hygiène et soins du chien.
Le coût réel
Une arthroscopie de coude, une ostéotomie ulnaire ou une prise en charge d’arthrose à vie sur un chien de 70 kg pèsent lourd, et une dysplasie déjà diagnostiquée sort définitivement du champ des garanties. Nos repères sont sur la page assurer un Saint-Bernard.
Questions fréquentes
Des parents indemnes garantissent-ils un chiot indemne ?
Non, la dysplasie du coude est polygénique et sensible à l’environnement. Mais deux parents grade 0 réduisent nettement la probabilité, à condition que les deux coudes aient bien été lus.
Un processus anconé non uni se répare-t-il ?
Il existe des options chirurgicales, d’autant plus efficaces qu’elles sont précoces. Passé le stade arthrosique, on ne fait plus que gérer la douleur.
Faut-il opérer systématiquement ?
Non. La décision dépend du type de lésion, de l’âge et du degré d’arthrose déjà installé, et se prend avec un chirurgien orthopédiste après imagerie.
Ce guide fait partie de l’univers Chien de Planète Pets. Nos conseils sont d’ordre général : pour toute question de santé, votre vétérinaire reste la seule référence.